ITC recrute un Inspecteur Thermographe en CDI — PACA En savoir plus

Dossier technique — Mesure de température des tubes de four par thermographie infrarouge

— ITC — Infrarouge Technologie Contrôle

Ce dossier présente les fondements physiques et spectroscopiques de la mesure de température par thermographie infrarouge dans les fours industriels. Il complète l'article de vulgarisation destiné aux ingénieurs de maintenance.

Ce dossier technique a été rédigé par ITC et relu par Yannick Le Maoult, Professeur à l'IMT Mines Albi, spécialiste en thermographie infrarouge et transferts radiatifs.

Thermogramme de tubes de four — coudes vus à travers un regard, palette couleur, température maximale 587 °C
Thermogramme ITC — Coudes de tubes vus à travers un regard de four (palette couleur, bande large).

1. Les deux fenêtres spectrales IR : BII et BIII

Les caméras thermiques industrielles opèrent dans deux fenêtres de transmission atmosphérique :

Fenêtre Plage spectrale Détecteur typique Pertinence four industriel
BII (courtes longueurs d'onde) 3 – 5 µm InSb refroidi (77 K) Préféré avec filtre 3,9 µm — transmission gazeuse améliorée
BIII (longues longueurs d'onde) 8 – 12 µm MCT (HgCdTe) refroidi ou microbolométres Moins adapté — absorptions H₂O et CO₂ plus étendues dans cette plage

1.1 Bandes d'absorption BII (3-5 µm)

Molécule Type de transition Position centrale Plage exacte Intensité
CO₂ Mode de vibration asymétrique ν₃ 4,26 µm 4,16 – 4,42 µm Très forte — saturation à faible épaisseur de gaz (< 10 cm à T > 900 K)
CO₂ Bande combinée ν₁+ν₃ (vibration + rotation) 2,77 µm 2,66 – 2,94 µm Forte — se superpose à la bande H₂O 2,7 µm
H₂O Bande de vibration d'élongation asymétrique ν₃ 2,73 µm 2,55 – 2,90 µm Forte (se superpose à CO₂ 2,7 µm)
H₂O Bande de combinaison ν₁+ν₂ 1,87 µm 1,75 – 2,08 µm Modérée
Fenêtre 3,9 µm 3,9 µm 3,7 – 4,1 µm Transparence quasi-totale des gaz propres

La fenêtre centrée sur 3,9 µm se situe précisément entre la bande combinée CO₂/H₂O à 2,7 µm et la bande majeure CO₂ à 4,26 µm. C'est le creux d'absorption le plus exploitable dans la BII pour les applications four industriel.

1.2 Bandes d'absorption BIII (8-12 µm)

Molécule Type de transition Position Plage Intensité
H₂O Bande de déformation ν₂ 6,3 µm 5,6 – 8,0 µm Forte — déborde dans le bas de la BIII
CO₂ Bandes secondaires ν₁+ν₂ 9,4 et 10,4 µm 9,0 – 11,0 µm Faible à modérée (visible à haute pression partielle)
H₂O Rotation pure (spectre de rotation) > 12 µm 12 – 25 µm Très étendue — hors BIII classique

Pour la mesure sur fours, la BIII sans filtre présente une transmission plus dégradée que la BII avec filtre 3,9 µm. La bande H₂O à 6,3 µm déborde significativement dans la plage 8-12 µm, et la bande de rotation de H₂O contribue à l'absorption au-delà de 12 µm. L'utilisation d'une caméra BIII n'est pas recommandée pour la mesure de température en four sans étude spectroscopique préalable.

2. Émissivité spectrale vs émissivité totale

2.1 La dépendance en longueur d'onde

L'émissivité d'un matériau est, en général, une fonction de la longueur d'onde. L'émissivité totale (ou hémisphérique totale) intègre cette dépendance sur tout le spectre, pondérée par la distribution de Planck à la température considérée. Pour la mesure IR, c'est l'émissivité spectrale directionnelle à la longueur d'onde de mesure qui compte.

Grandeur Définition Pertinence pour la mesure caméra
Émissivité totale εtot Intégrale sur tout le spectre (0 → ∞) à la température T Utilisée en bilan thermique global, pas directement en mesure IR
Émissivité spectrale ε(λ) Rapport flux émis / Planck corps noir à λ et T donnés C'est ce paramètre qui doit être renseigné dans la caméra
Émissivité de bande εΔλ Moyenne sur la bande spectrale de la caméra (filtre inclus) Approximation utilisée en pratique pour les métaux oxydés

2.2 Comportement des alliages de tubes à haute température

Les tubes de fours industriels sont généralement en aciers réfractaires (HP, HK, 9Cr-1Mo, Incoloy 800HT). En service, leur surface se couvre d'une couche d'oxyde stable :

État de surface ε(λ=3,9 µm) typique ε(λ=8-12 µm) typique ε totale estimée
Acier nu, poli 0,10 – 0,30 0,15 – 0,35 0,10 – 0,30
Acier oxydé légèrement 0,60 – 0,75 0,75 – 0,85 0,70 – 0,80
Acier fortement oxydé / calaminé 0,80 – 0,90 0,85 – 0,95 0,85 – 0,95

Note importante : l'émissivité spectrale des oxydes (Fe₂O₃, Cr₂O₃) dépend de la longueur d'onde. À 3,9 µm, elle peut être légèrement inférieure à la valeur dans le BIII. En pratique, pour des tubes fortement oxydés en service depuis plus de quelques semaines, l'approximation ε ≈ 0,85-0,90 est communément utilisée et introduit une erreur sur T de 5 à 15 °C à 850 °C dans la bande BII (3-5 µm). En l'absence de faïençage ou d'écaillage de la couche d'oxyde — ce qui est rare sur un four en fonctionnement continu à température stable — cette émissivité reste homogène. L'émissivité réelle du tube pourrait être vérifiée par mesure sur spectromètre IRTF à partir d'un échantillon de tube vieilli et stabilisé, dans la bande spectrale de la caméra.

Référence pour les émissivités de surface à haute température : De Vriendt (1984), Sacadura (2015).

Thermogramme de tubes de four droits — points chauds visibles, mesures AR01 (441 °C) et AR02 (434 °C)
Thermogramme ITC — Tubes droits avec zones de cokage. Les écarts d'émissivité spectrale sont visibles entre zones oxydées et écaillées.

3. Les suies et la limite de l'hypothèse de flamme propre

3.1 Propriétés radiatives des suies

Contrairement aux gaz de combustion (CO₂, H₂O) dont l'émission-absorption est sélective par bandes, les suies (particules de carbone nanométriques) ont un comportement quasi-continu :

3.2 Conditions de formation des suies en four industriel

Les suies se forment principalement en conditions de flamme riche (défaut d'air) ou lors de la combustion d'hydrocarbures lourds (fuel lourd, résidus de distillation). Dans les fours de raffinage et de cracking :

Type de four / combustible Régime typique Présence de suies Impact à 3,9 µm
Four de vaporeformage (gaz naturel) Excès d'air 5-15 % Négligeable Très faible
Four de cracking à la vapeur (naphta/éthane) Excès d'air 10-20 % Négligeable Très faible
Four de distillation sous vide (fuel lourd) Excès d'air 5-10 % Possible en régime transitoire Modéré si présence
Démarrage / transitoires de charge Variable Possible localement Modéré à fort localement

En régime normal de fonctionnement, la transparence à 3,9 µm reste la règle dans les fours industriels de cracking et de raffinage. La présence de suies, si elle est suspectée (fumée visible, teinte noire des gaz), doit être signalée dans le rapport de mesure comme facteur d'incertitude supplémentaire. Note : en régime de fonctionnement normal (excès d'air 5-20 %), les gaz de combustion contiennent typiquement 8-14 % de CO₂ et 10-20 % de H₂O volumique (Saunders, 2007 ; Turns, 2012) — ces valeurs varient selon l'hydrocarbure brûlé et la stœchiométrie.

4. Modèles spectroscopiques : bandes larges vs Raies par Raies

4.1 Le modèle à bandes larges (Wide Band Model)

Le Maoult (1992) a utilisé un modèle à bandes corrélées (CK — Correlated-k distribution ou modèle de bandes larges de type Edwards) pour calculer les propriétés radiatives du mélange CO₂/H₂O en fonction de la température et de la pression partielle des gaz. Ce type de modèle :

4.2 Le modèle Raie par Raie (Line-by-Line)

Les bases de données spectroscopiques modernes (HITRAN, HITEMP) permettent un calcul Raie par Raie (LBL — Line-By-Line) : chaque raie d'absorption est résolue individuellement avec sa position, intensité, élargissement Doppler et collision. C'est la méthode la plus précise :

4.3 Conséquences pratiques

Le constat de Le Maoult — que le modèle spectroscopique théorique donne des résultats trop imprécis pour remplacer une calibration expérimentale — reste valide même avec les modèles modernes, dès lors que les conditions réelles du four (distribution de température des gaz, gradients spatiaux, composition exacte) ne sont pas parfaitement connues. La double pesée pyrométrique contourne cette limitation en mesurant directement le biais sans nécessiter de modélisation.

Thermogramme au filtre 3,9 µm — mesures point par point sur 7 tubes (AR01 à AR08), températures de 573 à 592 °C
Thermogramme ITC au filtre 3,9 µm — Cartographie tube par tube. L'image en niveaux de gris est caractéristique de l'acquisition monochromatique à 3,9 µm.

5. La résistance thermique de contact : limite de la double pesée

La double pesée suppose que la canne pyrométrique donne la vraie température de peau du tube. En réalité, le contact entre la pointe du thermocouple et le tube introduit une résistance thermique de contact Rc, qui crée une chute de température ΔTc :

ΔTc = φ × Rc

où φ est le flux thermique local (W/m²). Dans une zone radiante à fort flux (100 000 à 300 000 W/m²), une résistance de contact de 10⁻⁴ m²·K/W peut induire une erreur de 10 à 30 °C sur la mesure de la canne.

Paramètre Valeur typique Impact sur la mesure canne
Flux radiant en zone radiante 100 000 – 300 000 W/m²
Résistance de contact type (sans pressage) 10⁻⁴ – 5×10⁻⁴ m²·K/W 10 – 150 °C d'erreur
Résistance de contact avec pressage fort 10⁻⁵ – 10⁻⁴ m²·K/W 1 – 30 °C d'erreur

En pratique, les cannes pyrométriques industrielles utilisées sur les fours sont conçues pour minimiser ce biais (revêtement de la pointe, pression de contact maîtrisée). L'erreur résiduelle est incluse dans le budget d'incertitude de la double pesée. Pour une analyse rigoureuse, cette source doit être tracée dans le rapport de mesure.

Référence : De Vriendt (1984), chapitre résistances de contact et conduction à interface.

6. Bilan d'incertitude étendu (couverture k=2)

En conditions d'inspection optimales (caméra refroidie InSb, filtre 3,9 µm, double pesée réalisée, tubes oxydés en service), le bilan d'incertitude élargie (facteur d'élargissement k = 2, intervalle de confiance 95 %) sur la mesure de température de peau d'un tube à 850 °C est :

Source d'incertitude Type Contribution (k=1) Corrigée ?
Caméra (spec constructeur ±2 %) B — aléatoire ±17 °C Non — plancher incompressible
Émissivité spectrale du tube (±0,05) B — systématique ±8 °C Partiellement
Gaz de combustion (après filtre 3,9 µm + double pesée) B — systématique résiduelle ±5 °C Oui — résidu après correction
Défocalisation (premier plan de tubes) B — systématique ±3 °C Partiellement
Résistance de contact (canne pyrométrique) B — systématique ±5 °C Non tracée explicitement
Incertitude composée (quadratique) ±20 °C
Incertitude élargie U (k=2) ±40 °C Intervalle confiance ≈ 95 %

L'incertitude élargie de ±40 °C (k=2) à 850 °C est à mettre en regard des marges de conception API 530, typiquement de 50 à 100 °C selon le métal et le mode de défaillance surveillé (fluage, oxydation). La mesure reste pertinente pour la surveillance comparative (détection des anomalies relatives entre tubes) et pour les alertes de dépassement de Tdesign.

7. Historique et contexte industriel

La mesure de température des tubes de four par thermographie IR à filtre spectral a été développée industriellement dans les années 1980. L'article publié dans la revue Technica en 1984, issu de travaux réalisés à la raffinerie ELF Feyzin, est l'une des premières publications à décrire le protocole complet (filtre 3,9 µm + double pesée) dans un contexte industriel pétrochimique français. ITC a intégré ces protocoles dès ses premières interventions sur sites de raffinage en 1988.

Références bibliographiques


Découvrez notre prestation complète : Inspection thermographique des tubes de fours industriels.

Pour la version vulgarisée destinée aux ingénieurs de maintenance, consultez notre article de blog.
Document ITC — Version 1.0 — Avril 2026

Questions fréquentes

Quelle différence entre BII (3-5 µm) et BIII (8-12 µm) pour la mesure en four ?
La fenêtre BII (3-5 µm) avec filtre 3,9 µm offre une bien meilleure transmission à travers les gaz de combustion que la BIII (8-12 µm). En BII avec filtre, la transmission atteint 0,85-0,95 pour 1 mètre de gaz, contre des valeurs nettement plus dégradées en BIII où les absorptions H₂O et CO₂ sont plus étendues. C'est pourquoi les inspections de tubes de four utilisent systématiquement des caméras InSb refroidies avec filtre 3,9 µm.
Pourquoi le modèle spectroscopique à bandes larges ne suffit-il pas à corriger l'effet des gaz ?
Le modèle à bandes larges (Wide Band Model) présente des écarts d'un facteur 3 à 4 avec les mesures expérimentales sur certaines bandes spectrales. Même les modèles Raie par Raie (HITRAN/HITEMP), plus précis, ne peuvent pas remplacer une calibration expérimentale car les conditions réelles du four (distribution de température des gaz, gradients spatiaux, composition exacte) ne sont jamais parfaitement connues. C'est pourquoi la double pesée pyrométrique reste indispensable.
Quel est l'impact de la résistance de contact sur la double pesée pyrométrique ?
La résistance thermique entre la pointe du thermocouple et le tube peut introduire une erreur de 10 à 30 °C dans les zones à fort flux radiant (100 000 à 300 000 W/m²). Les cannes pyrométriques industrielles sont conçues pour minimiser ce biais (revêtement de pointe, pression de contact maîtrisée). Cette source est incluse dans le budget d'incertitude global : ±5 °C en contribution k=1.
Les suies perturbent-elles la mesure à 3,9 µm ?
Oui, contrairement aux gaz (CO₂, H₂O) dont l'absorption est sélective par bandes, les suies émettent et absorbent sur un spectre continu couvrant toute la plage IR. Même une faible fraction volumique de suies (10⁻⁷ à 10⁻⁶) peut réduire significativement la transmission à 3,9 µm. En régime normal de fonctionnement (excès d'air 5-20 %), les suies sont négligeables dans les fours de cracking et de raffinage. La présence de suies doit être signalée dans le rapport de mesure.
Quelle est l'incertitude élargie (k=2) d'une mesure de température sur tube de four ?
En conditions d'inspection optimales (caméra InSb refroidie, filtre 3,9 µm, double pesée réalisée, tubes oxydés en service), l'incertitude élargie U (k=2, confiance 95 %) est de ±40 °C à 850 °C. Cette valeur est à mettre en regard des marges de conception API 530, typiquement de 50 à 100 °C, ce qui rend la mesure pertinente pour la surveillance comparative et la détection de dépassements.

Ce dossier technique a bénéficié de la relecture scientifique de Yannick Le Maoult, Professeur à l'IMT Mines Albi, spécialiste en thermographie infrarouge et transferts radiatifs.

Demandez un devis d'inspection

ITC réalise l'inspection thermographique de vos tubes de fours industriels avec caméra refroidie, filtre 3,9 µm et double pesée pyrométrique. Certification MASE pour sites SEVESO. Devis sous 24h.

OBTENIR UN DEVIS GRATUIT APPELER : 06 15 44 75 32