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Canicule de juin 2026 : ce que la thermographie APUR nous apprend sur le confort d'été des immeubles parisiens

— Stéphane Gouttebessis — Direction

Du 17 au 26 juin 2026, l'Île-de-France a été placée en vigilance rouge canicule, avec des pointes à 40 °C dans Paris. Une question revient invariablement à chaque épisode : tous les immeubles parisiens se valent-ils face à la chaleur ? Spontanément, beaucoup pensent que le bâti ancien — non isolé, mal ventilé, à l'enveloppe d'origine — serait le plus inconfortable. La réalité documentée par la thermographie est plus contre-intuitive.

L'Atelier Parisien d'Urbanisme (APUR), pour le compte de la Ville de Paris, a publié en 2010-2011 une série d'analyses sur la performance thermique des logements parisiens, fondée sur une campagne thermographique inédite couvrant les 20 arrondissements et un échantillon représentatif de façades (étude consultable sur apur.org). ITC a réalisé les prises de vue thermographiques de cette campagne, démarrée le 1er décembre 2009 et livrée à l'APUR entre janvier et mars 2010. Quinze ans plus tard, les conclusions de cette étude résonnent particulièrement avec ce que vivent les Parisiens en juin 2026.

Une étude orientée hiver, mais qui parle aussi de l'été

L'étude APUR avait pour objet premier l'analyse des déperditions thermiques hivernales — c'est pour cette raison que les prises de vue ITC se faisaient par temps froid (températures extérieures inférieures à 5 °C, sous ciel couvert ou de nuit). Mais chaque cahier APUR consacre une section au confort d'été et à la capacité d'un bâtiment à encaisser un choc thermique estival. C'est cette partie, longtemps restée discrète dans le débat public, qui devient aujourd'hui décisive.

L'idée reçue à démolir

Le débat sur la rénovation thermique se réduit souvent, comme le notait déjà l'APUR en 2010, à « une opposition entre des bâtiments anciens non isolés jugés déperditifs, et des bâtiments récents parfaitement isolés et donc performants ». Cette opposition simpliste néglige le critère qui devient prépondérant en canicule : l'inertie thermique.

L'inertie est la capacité d'un matériau à stocker la chaleur et à la restituer lentement. Un mur épais en pierre de taille met plusieurs heures à s'échauffer, et plusieurs heures à se refroidir : c'est ce qu'on appelle le déphasage thermique. Pendant une vague de chaud, ce déphasage agit comme un volant d'inertie qui amortit les pics de température intérieure. L'APUR le formule ainsi :

« Lorsqu'un épisode de canicule démarre, les bâtiments à forte inertie mettent un certain temps à s'échauffer et restent donc agréables à vivre sans nécessité de climatiser pendant les premiers jours de la vague de chaud. »
— APUR, Analyse de la performance thermique des logements parisiens, 2010-2011

À l'inverse, une paroi fine en béton ou en panneau préfabriqué s'échauffe en quelques heures et restitue presque immédiatement la chaleur reçue : pas de déphasage, donc pas d'amortissement. La température intérieure suit la température extérieure avec quelques degrés à peine d'écart — et quand celle-ci grimpe à 40 °C, l'appartement devient invivable.

Tour de Paris en cinq périodes — qui souffre, qui résiste ?

L'APUR a structuré son analyse autour de neuf périodes de construction, qu'on peut regrouper en cinq grandes familles thermiques. Les verdicts qui suivent sont ceux de l'étude APUR — paraphrasés ou cités — observés par thermographie de façade sur l'échantillon parisien représentatif.

Avant 1914 — la pierre, l'allié inattendu (≈ 75 % du parc résidentiel parisien)

Bâtiments d'avant 1800, Paris haussmannien (1851-1890), post-haussmannien et logements ouvriers collectifs (1891-1914). Murs en moellons ou pierre de taille de 50 à 80 cm d'épaisseur. Inertie thermique très élevée — l'APUR cite le Louvre comme exemple emblématique. En été, l'inertie protège des variations de température et garantit un certain confort intérieur sans climatisation, au moins pendant les premiers jours d'une vague de chaud.

Thermogramme infrarouge du Louvre — exemple de batiment a tres forte inertie thermique
Le Louvre — exemple de bâtiment à très forte inertie thermique. Façade en pierre de taille très ancienne ; la signature thermique homogène et froide en surface témoigne de la capacité de la masse murale à amortir les variations de température. Image thermographique : ITC pour l'APUR / Ville de Paris, campagne 2009-2010.

Le point de vigilance haussmannien : les petits logements ouvriers ou les appartements donnant uniquement sur cour souffrent de mono-orientation — impossible d'ouvrir des fenêtres opposées pour ventiler la nuit. Le confort d'été y dépend très fortement de l'inertie des murs et de la possibilité de fermer les volets en journée.

1915-1939 — HBM, brique et béton (entre-deux-guerres)

Habitations à Bon Marché, immeubles en brique, premières ossatures béton. Inertie correcte, intermédiaire entre la pierre haussmannienne et le béton moderne. Le confort d'été y est globalement satisfaisant, à condition de ne pas neutraliser l'inertie par une isolation intérieure mal pensée.

1940-1975 — les Trente Glorieuses, la période à risque (≈ 15-20 % du parc)

C'est la période la plus critique. Préfabrication, parois minces, vitrages importants, faible inertie. L'APUR est explicite :

« Dans certains des bâtiments des Trente Glorieuses, on rencontrera de réels soucis de surchauffes estivales. […] Les bâtiments les plus énergivores que l'on rencontre à Paris ont été construits durant les Trente Glorieuses. »

Les facteurs de surchauffe estivale identifiés par l'APUR pour cette période :

Thermogramme infrarouge d'une tour des Trente Glorieuses, rue de Lourmel a Paris — grandes baies en simple vitrage
Rue de Lourmel, 15e arrondissement — immeuble des Trente Glorieuses. Les grandes baies en simple vitrage apparaissent en rouge et blanc : très chaudes en surface, signature de déperditions hivernales massives et d'apports solaires non maîtrisés en été. La signature thermique inverse de celle d'un Haussmann. Image thermographique : ITC pour l'APUR / Ville de Paris, campagne 2009-2010.

C'est la signature thermique de la tour des années 1970 dans laquelle on étouffe en juin 2026 — ce ne sont pas les immeubles anciens qui sont visés en premier par les plans canicule, ce sont ceux-là.

Après 1975 — la réglementation thermique entre en scène

Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 changent la donne : les premières réglementations thermiques (RT 1974, RT 1982, RT 1988) imposent l'isolation systématique des bâtiments neufs. Les consommations de chauffage chutent. Mais l'APUR observe une faille importante :

« La question du confort d'été n'est pas étudiée par la réglementation avant les années [1980]. Les bâtiments construits [post-RT] sont isolés par l'intérieur, ce qui a pour effet de priver les occupants de l'inertie apportée par la structure béton ou parpaing. La surchauffe estivale est donc une question majeure pour ces bâtiments, notamment pour les pièces à vivre à l'ouest avec peu d'effets de masques. »

L'APUR liste explicitement le « confort d'été » comme point faible du bâti post-réglementation thermique. Le gain hivernal s'est fait au détriment du confort estival.

Après 2000 — RT 2012, RE 2020 et les enjeux contemporains

L'étude APUR de 2010 ne couvre pas le bâti construit selon la RT 2012 (en vigueur à partir de 2013) ni la RE 2020 (en vigueur depuis 2022). Ces réglementations ont progressivement introduit des indicateurs spécifiques au confort d'été (l'indicateur Tic — température intérieure conventionnelle d'été — sous la RT 2012, puis les degrés-heures d'inconfort DH sous la RE 2020). La physique du bâtiment, elle, n'a pas changé : une étanchéité à l'air poussée sans protection solaire ni ventilation nocturne efficace produit toujours de la surchauffe. Les évolutions réglementaires récentes traitent le sujet, mais ne dispensent ni de la conception bioclimatique, ni d'une vigilance post-livraison.

Le verdict APUR de 2010, repris par la canicule de 2026

L'avertissement le plus marquant de l'étude APUR — formulé en plusieurs cahiers chronologiques distincts — concerne la tentation du calfeutrement hivernal sans prise en compte de l'été :

« Si la baisse des consommations d'hiver encourage les occupants à isoler et que cette isolation crée des surchauffes estivales obligeant à climatiser, on peut rester dubitatif quant à la portée de telles mesures (c'est d'autant plus vrai dans la perspective d'un climat qui se réchauffe). »
— APUR, Analyse de la performance thermique des logements parisiens, 2010-2011

Quinze ans plus tard, le climat s'est effectivement réchauffé et les canicules sont devenues plus fréquentes et plus intenses. La récurrence des épisodes de chaleur extrême depuis 2003 — et particulièrement en 2019, 2022, 2023 et 2026 — valide la prudence exprimée par l'étude.

Ce que ça change pour la rénovation aujourd'hui

L'enseignement principal de l'étude APUR n'est pas qu'il ne faut pas isoler les logements parisiens. C'est qu'il faut isoler intelligemment, en tenant compte de ce que la thermographie permet précisément d'objectiver : l'état de l'enveloppe, la qualité de l'inertie, les ponts thermiques, les défauts d'étanchéité. Quelques principes opérationnels qui ressortent des cahiers APUR :

Aucune de ces actions ne se décide à l'intuition. Elles supposent un diagnostic préalable de l'enveloppe — c'est précisément le rôle de la thermographie infrarouge de façade, qui visualise en imagerie thermique les défauts d'isolation, les ponts thermiques et l'homogénéité de l'enveloppe. Ce que les survols ITC 2009-2010 ont permis de cartographier à l'échelle de Paris, une thermographie ciblée le permet à l'échelle d'une copropriété.

Pour aller plus loin

Les cahiers d'analyse APUR par période de construction sont accessibles publiquement sur le site de l'Atelier Parisien d'Urbanisme : Thermographie des immeubles parisiens — APUR. Une analyse complémentaire, publiée en 2011, approfondit la performance thermique des logements parisiens par typologie.

Pour évaluer le comportement thermique d'un immeuble parisien — qu'il s'agisse d'un bâtiment haussmannien, d'une copropriété des années 1970 ou d'un programme récent — la thermographie de façade reste l'outil de diagnostic le plus directement parlant. Elle permet de visualiser les défauts d'enveloppe avant tout projet de rénovation, et d'éviter de traiter l'hiver au détriment de l'été.

Voir la prestation dédiée : Diagnostic thermographique de bâtiment.

Questions fréquentes

Pourquoi les immeubles haussmanniens supportent-ils mieux la canicule que les tours des années 1960-1970 ?
L'étude APUR de 2010 le résume ainsi : les bâtiments anciens parisiens sont des bâtiments à forte inertie thermique, grâce à leurs murs épais en pierre de taille ou moellons. « Lorsqu'un épisode de canicule démarre, les bâtiments à forte inertie mettent un certain temps à s'échauffer et restent donc agréables à vivre sans nécessité de climatiser pendant les premiers jours de la vague de chaud. » À l'inverse, les bâtiments des Trente Glorieuses cumulent faible inertie, vitrages importants, absence de protections solaires et difficultés de ventilation — l'APUR les identifie explicitement comme « les bâtiments les plus énergivores que l'on rencontre à Paris ».
Isoler son logement pour l'hiver peut-il dégrader le confort d'été ?
Oui, et l'APUR le formulait noir sur blanc dès 2010 : « Si la baisse des consommations d'hiver encourage les occupants à isoler et que cette isolation crée des surchauffes estivales obligeant à climatiser, on peut rester dubitatif quant à la portée de telles mesures. » Le mécanisme : une isolation thermique par l'intérieur (ITI) — l'isolant est posé entre le mur et la pièce — coupe le contact thermique entre la masse du mur et l'intérieur, ce qui condamne en grande partie l'inertie de la façade et prive les occupants du tampon thermique naturel. L'isolation thermique par l'extérieur (ITE) — l'isolant est posé côté rue, sur le mur — préserve l'inertie. Le diagnostic préalable est essentiel avant tout choix d'isolation.
Quels sont les principaux facteurs de surchauffe estivale dans un logement ?
L'étude APUR identifie quatre facteurs principaux : les apports solaires importants (grandes baies vitrées sans protection), la faible inertie des matériaux modernes (béton préfabriqué, parois fines), la mono-orientation des logements (impossibilité de ventilation traversante nocturne), et l'absence de décalage entre la température extérieure et intérieure dû à l'absence d'inertie. À ces facteurs s'ajoutent les ponts thermiques et les défauts de ventilation, particulièrement présents dans le bâti des années 1960-1980.
Quelle période de construction parisienne est la plus difficile en canicule ?
Selon l'analyse APUR, les bâtiments construits durant les Trente Glorieuses (1940-1975) cumulent les vulnérabilités estivales : faible inertie, grandes baies en simple vitrage, mono-orientation, et appartements difficiles à ventiler en été. L'étude précise que « dans certains des bâtiments des Trente Glorieuses, on rencontrera de réels soucis de surchauffes estivales ». Cette période représente environ 15 à 20 % du parc résidentiel parisien.
Comment évaluer le comportement thermique de mon immeuble en été ?
Une thermographie de façade permet de visualiser la qualité de l'enveloppe (homogénéité de l'isolation, ponts thermiques, défauts de mise en œuvre) et d'objectiver les sources de déperdition ou de surchauffe. Combinée à une analyse de l'inertie des matériaux constitutifs et de l'orientation, elle constitue un préalable utile à tout projet de rénovation thermique — pour éviter de traiter l'hiver au détriment de l'été. ITC réalise des thermographies de bâtiment sur Paris et l'Île-de-France depuis ses missions APUR / Mairie de Paris en 2009-2010.

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