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Canicule de juin 2026 : ce que la thermographie des îlots de chaleur peut apporter à l'urbanisme

— Stéphane Gouttebessis — Direction

Du 17 au 26 juin 2026, l'Île-de-France a été placée en vigilance rouge canicule extrême par Météo-France, avec des températures atteignant 40 à 42°C dans certains départements. Plus large, l'épisode a concerné une vingtaine de départements et la Ville de Paris a activé son plan canicule de niveau 3. Cet épisode rappelle une réalité de plus en plus prégnante : la ville chauffe plus que la campagne, et l'écart nocturne peut atteindre jusqu'à 10°C lors des nuits les plus chaudes (source : Météo-France).

Au-delà du constat sanitaire — la mortalité estivale frappe d'abord les populations urbaines fragiles — l'enjeu pour les collectivités est désormais opérationnel : comment décider où agir, et comment ? C'est précisément ce que la thermographie aérienne des îlots de chaleur urbains (ICU) permet d'éclairer.

Mosaique thermique nocturne de Paris — campagne ITC aout 2015, lecture en 256 couleurs
Mosaïque thermique nocturne de Paris — vol du 18 au 19 août 2015, lecture en 256 couleurs (4 096 niveaux de luminance). La Seine et les masses d'eau apparaissent en rouge (chaud) du fait de leur forte inertie thermique. Source : ITC pour la Ville de Paris / APUR — étude des services écologiques de la Petite Ceinture ferroviaire.

L'îlot de chaleur urbain : un phénomène nocturne

Un îlot de chaleur urbain désigne une zone urbaine sensiblement plus chaude que les zones rurales avoisinantes, particulièrement la nuit. Le mécanisme est bien connu : les matériaux urbains (béton, asphalte, pierre) accumulent la chaleur en journée, et la restituent la nuit. Les rues étroites, le manque de végétation, l'imperméabilisation des sols et la chaleur produite par les activités humaines (climatisation notamment) amplifient le phénomène.

L'écart moyen annuel entre Paris et la périphérie rurale est de l'ordre de 2,5°C. Mais cette moyenne masque l'essentiel : lors des nuits caniculaires, l'écart instantané peut atteindre jusqu'à 10°C. C'est cette « rémanence nocturne » qui prive les habitants de récupération après une journée de forte chaleur, et qui pèse sur la santé publique.

Ce que la thermographie nocturne révèle

En août 2015, ITC a déployé pour la Ville de Paris et l'APUR (Atelier Parisien d'Urbanisme), dans le cadre de l'étude des services écologiques rendus par la Petite Ceinture ferroviaire, une campagne de thermographie aérienne nocturne sur l'ensemble du territoire parisien (105 km² + Bois de Boulogne et Bois de Vincennes). Deux vols ont survolé Paris durant la nuit du 18 au 19 août 2015, à 1 mètre de résolution et avec une sensibilité thermique de 0,1°C, grâce au scanner aéroporté du LNE (Laboratoire National de métrologie et d'Essais).

Carte des differences thermiques entre fin et debut de nuit sur Paris — campagne ITC aout 2015
Évolution thermique nocturne — carte des différences entre le vol de fin de nuit (4h-6h) et celui de début de nuit (23h-1h). Les zones en bleu se refroidissent ; les zones en orange et rouge maintiennent ou augmentent leur température de surface. Source : ITC pour la Ville de Paris / APUR, nuit du 18 au 19 août 2015.

L'analyse des cartes thermiques produites a mis en évidence plusieurs comportements thermiques que la modélisation ou l'intuition ne suffisaient pas à anticiper :

Pourquoi mesurer plutôt que modéliser ?

La modélisation climatique (type EPICEA, mené par Météo-France, le CSTB et l'APUR) donne une vision macroscopique à 250 m de résolution. Elle suffit pour comprendre les grands leviers, mais pas pour décider rue par rue. La thermographie aérienne nocturne descend à 1 mètre de résolution, soit deux ordres de grandeur de mieux que la thermographie satellitaire (90 mètres au mieux). C'est l'écart entre une vue d'ensemble et un outil de décision opérationnel.

Plan de vol thermographique nocturne — 18 axes au-dessus de Paris, campagne ITC aout 2015
Plan de vol des 18 axes d'acquisition couvrant Paris intra-muros et les bois de Boulogne et Vincennes — campagne ITC du 18-19 août 2015. Source : ITC pour la Ville de Paris / APUR.

Cinq pistes d'urbanisme dérivées de la mesure

Une fois la cartographie produite, qu'en fait-on ? Les observations rappelées plus haut orientent directement cinq leviers d'aménagement, à activer dans des proportions et à des endroits qui dépendent du territoire.

1. Une végétalisation ciblée — pas systématique

La donnée nocturne nuance le slogan « planter pour rafraîchir » : tous les espaces végétalisés ne se valent pas la nuit. Les jardins minéraux ouverts refroidissent efficacement. La cartographie permet de choisir les essences et la densité en fonction du comportement thermique observé : alignements de feuillus à grand développement pour l'ombrage diurne sur les axes étroits, mais pas de boisement systématique des grandes ouvertures urbaines. Les cours d'école Oasis, les venelles arborées, les microforêts (Miyawaki) sont à examiner cas par cas, avec mesure avant/après.

2. La désimperméabilisation des sols

Réduire l'imperméabilisation (parkings, cours d'école, places minérales) restaure l'évapotranspiration et diminue l'inertie thermique nocturne. La cartographie ICU permet de prioriser les sites où le gain attendu est le plus important — typiquement les cœurs d'îlots et les cours d'écoles identifiés comme zones de surchauffe nocturne. La mesure permet aussi de quantifier l'impact d'une opération de désimperméabilisation a posteriori.

3. Les revêtements clairs (« cool pavements »)

Augmenter l'albédo des surfaces — toitures blanches, enrobés clairs, peintures réfléchissantes — réduit l'absorption solaire diurne et donc la rémanence nocturne. Effet documenté, mais variable selon les contextes. La cartographie ICU sert à cibler les surfaces à fort impact : grandes toitures terrasses, parkings, voies à fort facteur de vue du ciel — c'est-à-dire les surfaces qui « voient » le ciel et restituent le mieux la chaleur stockée.

4. L'arrosage nocturne automatique et la gestion de l'eau

L'observation du Parc Monceau l'a montré : l'arrosage automatique entre 1h et 3h refroidit la végétation pendant la nuit. À une échelle plus large, le réseau d'eau non potable de Paris (réseau historique d'arrosage et de nettoiement) est un outil sous-exploité d'atténuation des ICU. La cartographie permet de superposer le réseau ENP existant et les zones à enjeu thermique pour identifier les extensions prioritaires.

5. La préservation et la signalisation des îlots de fraîcheur

Tous les îlots de chaleur ne se traitent pas — certains se contournent. La cartographie distingue les îlots de fraîcheur (parcs, plans d'eau, cours intérieures arborées, tunnels) qu'il faut protéger, valoriser dans le plan canicule, et signaler au public. La Ville de Paris a engagé cette logique avec son réseau de 1 400 îlots de fraîcheur ouverts au public. La cartographie ICU permet de la décliner à l'échelle d'une intercommunalité ou d'un quartier.

L'ICU dans le PCAET — un calendrier serré pour 2026

Le Plan Climat Air Énergie Territorial (PCAET), obligatoire pour les EPCI à fiscalité propre de plus de 20 000 habitants depuis la loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV, 2015), constitue le cadre réglementaire dans lequel s'inscrit toute stratégie locale d'adaptation au changement climatique. Le PCAET est révisé tous les six ans, et doit comporter un volet « adaptation » fondé sur une connaissance objective des vulnérabilités du territoire.

Ce que change le décret n°2025-1382

Le décret n°2025-1382 du 29 décembre 2025, applicable aux plans soumis pour avis au préfet de région et au président de conseil régional après le 1er juillet 2026, a renforcé les exigences du PCAET — en particulier sur le volet adaptation. Selon les estimations du réseau CEP de l'ADEME, environ 150 EPCI doivent actualiser leur PCAET avant fin 2026, sur les 648 couverts en France. À ce calendrier s'ajoute le retard structurel : 30 à 40 % des EPCI n'ont pas de plan approuvé ou ont un plan obsolète. Le moment est donc favorable pour intégrer une cartographie ICU au socle factuel du nouveau PCAET.

La cartographie des îlots de chaleur urbains n'est pas une fin en soi : elle est le socle factuel et géolocalisé sur lequel s'appuient les arbitrages d'urbanisme, les budgets de rénovation, les programmes de désimperméabilisation, les politiques de végétalisation et les plans canicule. À l'heure où la canicule devient récurrente et où le PCAET impose de défendre objectivement les choix locaux d'adaptation, la mesure devient un préalable difficilement contournable.

Mesurer avec qui ?

ITC réalise des campagnes de cartographie thermique aérienne nocturne en partenariat avec le LNE, EPIC français de la mesure, qui développe et opère le scanner infrarouge aéroporté et apporte sa chaîne métrologique complète. ITC pilote le projet, accompagne la collectivité dans le cadrage du protocole, l'analyse des résultats, la restitution aux élus et aux services techniques, et l'intégration des données dans le SIG du territoire.

Pour aller plus loin sur la prestation, consultez la page dédiée : Cartographie thermique des îlots de chaleur urbains.

Questions fréquentes

Pourquoi la thermographie des îlots de chaleur urbains est-elle utile à l'urbanisme ?
Elle fournit une carte objective et fine (1 mètre de résolution) des zones où la chaleur s'accumule la nuit pendant les épisodes caniculaires. Cette carte permet aux élus et aux services techniques de hiérarchiser les opérations de végétalisation, de désimperméabilisation, de mise en œuvre de revêtements clairs et de préservation des îlots de fraîcheur — au lieu de répartir les actions au jugement ou à la pression citoyenne.
Le PCAET impose-t-il une cartographie des îlots de chaleur ?
Le PCAET (Plan Climat Air Énergie Territorial), obligatoire pour les EPCI à fiscalité propre de plus de 20 000 habitants, doit comporter un volet « adaptation au changement climatique » fondé sur une connaissance objective des vulnérabilités locales. Le décret n°2025-1382 du 29 décembre 2025, applicable aux plans soumis pour avis après le 1er juillet 2026, a renforcé ce volet. La cartographie ICU n'est pas explicitement imposée, mais elle constitue le socle factuel attendu pour bâtir et défendre une stratégie d'adaptation crédible.
Faut-il planter des arbres partout pour lutter contre les îlots de chaleur ?
Non. La cartographie révèle des comportements thermiques très différents selon les espaces verts : les grands jardins minéraux clairs (Luxembourg, Tuileries, Champ-de-Mars) refroidissent efficacement la nuit, grâce à un albédo modéré et un facteur de vue du ciel élevé. La végétalisation doit donc être ciblée et raisonnée, pas systématique — chaque type d'espace vert a son rôle, et la mesure permet de choisir le bon outil au bon endroit.
Combien d'EPCI doivent actualiser leur PCAET avant fin 2026 ?
D'après les estimations du réseau CEP de l'ADEME, environ 150 EPCI (sur les 648 couverts par un PCAET en France) doivent actualiser leur plan avant fin 2026 pour respecter la périodicité de révision sexennale. À ce calendrier s'ajoute le retard structurel : 30 à 40 % des EPCI n'ont pas de PCAET approuvé ou ont un plan obsolète.
Quel est l'écart de température maximum entre Paris et sa périphérie ?
L'écart moyen annuel est de 2,5°C selon Météo-France. Mais lors des nuits caniculaires, l'écart instantané entre le centre de Paris et la périphérie rurale peut atteindre jusqu'à 10°C. C'est cette différence nocturne — et non la moyenne annuelle — qui pèse sur la santé publique et le confort des habitants.

Votre collectivité prépare l'adaptation aux canicules ?

ITC réalise des campagnes de thermographie aérienne des îlots de chaleur urbains avec le LNE. Devis gratuit sous 24h pour étudier votre projet.

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